Thèses de doctorat
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Résumé
La vulnérabilité est sans doute le propre de l’homme, elle apparaît en effet comme l’essence même de sa vie1. Puisque sa condition d’être de chair et de sang le rend éminemment vulnérable, l’homme n’existerait alors que par la vulnérabilité, « la possibilité d’une blessure qui ne prévoit aucune parade ». La vulnérabilité en ce sens caractérise tous les hommes qui ne peuvent échapper à leur condition. Cette vulnérabilité universelle construit notre identité et lui appartient fatalement. Parfois, l’identité est d’autant plus développée que la vulnérabilité est grande. Mais, seules quelques figures emblématiques connaissent ce destin exceptionnel. Tel est l’apanage des grands hommes, la vulnérabilité étant placée pour le commun des mortels sous les auspices de la faiblesse. Dans la réalité de la femme ou l’homme de la rue, c’est en effet la souffrance, la peur et les ravages de la douleur, l’épreuve du désarroi qui font naître la vulnérabilité. Il se peut donc que certains soient plus perméables que d’autres à la vulnérabilité. La vulnérabilité apparaît alors relative et contingente. Elle n’est pas la vulnérabilité universelle, mais la vulnérabilité particulière de quelques-uns. Sur le plan logique, cette opposition se conçoit parfaitement. En effet, « on sait qu’en logique formelle – contrairement à ce que laisserait croire le langage vulgaire – le particulier ne s’oppose pas au général mais à l’universel ». Cette vulnérabilité conçue comme relative et particulière correspond en outre à une approche tout à fait conforme à l’idée à laquelle le mot vulnérabilité renvoie de prime abord. Le mot "vulnérabilité", prononcé à haute voix, renseigne sur le signifiant. « On pourrait dire que le signifiant relève de la forme, mais en précisant aussitôt, comme on le fait en général, que le signifiant est la forme phonique par laquelle se manifeste le signe : c’est donc à la base un son ou une suite de sons. […] Le signifiant n’est pas un son matériel, purement physique, mais l’empreinte psychique de ce son, nommée image acoustique. Le signifiant ne va pas seulement à l’oreille ; par l’audition ou la lecture, il va à l’esprit où il rencontre le signifié auquel il est associé5 ». Le mot vulnérabilité se prononce lentement, pour ne pas inverser les syllabes, ne se crie pas, se dit, au contraire, d’une voix timide, presque hésitante. La sonorité du mot est assez douce dans la tonalité, les consonnes associées aux voyelles produisent un son léger, dénué de rudesse6. Cet ensemble de remarques permet de mieux cibler le signifiant du terme. Le mot comporte en lui-même une forte capacité d’évocation. En effet, il suggère la douceur, la délicatesse de ce qui est fragile... Mais, déjà, il est allé à l’esprit où il a rencontré le signifié. Le signifié est le sens du terme vulnérabilité qui « appartient au fond. C’est la partie non sensible, l’élément purement intellectuel du signe. […] C’est la représentation intellectuelle, l’idée de ce que désigne le nom ». Dans le langage courant, la vulnérabilité évoque la fragilité, la faiblesse d’une personne par rapport aux autres. Cette acception correspond d’ailleurs à la définition académique de la vulnérabilité : caractère de ce qui est vulnérable, fragilité, les exemples donnés sont ceux de la vulnérabilité de l’organisme, la vulnérabilité d’un argument, d’une théorie. Le terme de vulnérabilité est relativement récent. La première attestation de son existence dans notre langue remonte à 18368. Il est dérivé de l’adjectif vulnérable, datant de 1676, peu usité jusqu’au XIXe siècle, où la littérature semble lui donner ses lettres de noblesse. La vulnérabilité est définie comme le caractère de ce qui est vulnérable, donnée comme synonyme de fragilité. Il faut donc se référer à l’adjectif vulnérable pour avoir une approche plus poussée de la signification du terme. Celui-ci est directement hérité de l’adjectif latin vulnerabilis, e, issu du verbe latin vulnerare signifiant blesser, de vulnus, eris blessure, coup porté ou reçu. L’adjectif latin avait un sens double, il signifiait à la fois vulnérable, au sens de qui peut être blessé, mais aussi au sens de qui blesse. Alors que l’adjectif français vulnérant s’est approprié ce second sens latin, l’adjectif vulnérable a gardé uniquement le premier sens, sans doute sous l’influence de l’adjectif anglais vulnerable signifiant uniquement qui peut être blessé. En effet, est vulnérable aujourd’hui, au sens propre, ce qui peut être blessé, atteint, frappé par des coups, par un mal physique, l’adjectif s’applique en ce sens à un être animé ou une partie du corps exposés aux blessures, aux coups et par extension à la douleur physique, à la maladie. Dans un second sens, acquis au milieu du XIXe siècle, l’adjectif vulnérable qualifie une chose concrète qui peut être attaquée, atteinte facilement, avec succès, qui offre une cible aux coups de l’adversaire. Enfin, au sens figuré, l’adjectif peut s’appliquer à une personne, une partie de sa personnalité ou à une chose abstraite. Ainsi en est-il d’une personne très sensible, qui donne prise aux attaques morales, aux agressions extérieures et qui les ressent douloureusement, d’une chose discutable par ses insuffisances, qui prête à la critique, qui présente des imperfections ou des insuffisances, au sens d’attaquable, critiquable. Ainsi, si l’adjectif vulnérable s’est enrichi de sens, il ne s’est pas diversifié, toutes ces nuances n’occultent pas le sens premier, et général du terme auquel on ne peut s’empêcher de revenir. En ce qui concerne la définition du terme vulnérabilité, en tant que « caractère de ce qui est vulnérable », on peut considérer qu’elle emprunte exactement les mêmes nuances de sens que l’adjectif dont elle dérive. D’ailleurs, une des rares définitions plus élaborées du substantif vulnérabilité est « le caractère de ce qui est à la merci de la moindre agression, au propre comme au figuré12 », ce qui recouvre l’ensemble des approches présentées pour l’adjectif vulnérable…
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